
Le parcours professionnel « vidéo-ludique » de Johan Andersson peut laisser perplexe. Passer de la programmation de jeux consoles, pour Funcom dans les années quatre-vingt dix, à la direction de projets pseudo historiques pourrait s’apparenter à un paradoxe. L’homme ne semble pas s’en offusquer et réponds, sans trop de détours, aux questions de nos voisins de RPS (cf. Rock, Paper, Shotgun).
Aujourd’hui lead designer sur Hearts of iron 3, notre homme ne renie pas son passé récent à développer des jeux consoles « basiques », dirons-nous. « Cependant, j’ai toujours rêvé de créer mon propre jeu de stratégie. Enfant, j’adorais les livres d’histoire et les cartes (géographiques – NDLR). Adolescent, ma passion évolua vers les jeux d’Avalon Hill (Diplomacy ; Axis & Allies ; Advanced Civilization). Puis je suis tombé sur une annonce disant qu’on recherchait des programmeurs pour « Europa Universalis ». Étant possesseur du jeu de plateau, j’ai posé ma candidature. Une semaine plus tard, j’étais embauché. Peu de temps après, j’étais en charge du projet et depuis je me consacre à ce type de jeu ».
Actuellement chargé du projet HoI 3, Andersson ne se limite pas strictement au design du jeu. Il dirige, en interne, un groupe réduit d’une dizaine de personnes, plus particulièrement chargées de la programmation et n’hésite pas à mettre les mains dans le code, à l’occasion. « Je ne pense pas qu’il soit possible de s’occuper exclusivement du design et de faire du bon boulot. Cela ne permet pas d’évaluer, de comprendre clairement l’impact de vos choix sur le produit, en termes de conception. La participation active au développement me paraît indispensable ».
Revenant au cœur du sujet, J. Andersson s’attarde sur la philosophie ayant préludé à la genèse de HoI 3. « Nous avions le sentiment que HoI 2 répondait, dans une large mesure, à nos attentes. Nous avons commencé par fonder les bases de HoI 3 sur notre nouveau moteur, « Clausewitz », en essayant de tirer parti de l’expérience acquise précédemment. Par exemple, la multiplication par quatre du nombre de provinces, découle de notre volonté d’augmenter la liberté de manœuvre stratégique. Le passage à la 3D, par ailleurs, aura amené une flexibilité plus importante dans les résolutions d’écran proposées. Cela nous a également facilité la création des cartes. D’autre part, ce changement majeur de conception, décharge grandement le CPU d’une partie des calculs, les reportant sur le GPU. Compte tenu de l’essor des performances matérielles de ces dernières années, le gain est majeur dans le développement de l’I.A. et du gameplay ».
On apprend avec intérêt que l’I.A. a acquis de nouvelles compétences : « Elle sera capable de poursuivre des objectifs stratégiques sur l’ensemble du front, grâce au nouveau système de délégation des ordres. Vous pourrez lui laisser le contrôle de vos troupe avec une grande latitude; depuis l’offensive sur une frange importante du théâtre d’opérations, jusqu’au commandement d’un simple corps. Il suffira de lui indiquer les objectifs à atteindre, ainsi que l’attitude tactique à adopter. Prenons pour exemple l’Allemagne en 1944. Vous avez deux théâtres d’opérations, Est et Ouest. Vous pourrez donner l’ordre au QG Est de tenir Königsberg, Varsovie et Bucarest, tout en adoptant une posture défensive ». Vous pourrez ainsi vous concentrer sur le front Ouest.
D’autre part, J. Andersson révèle quelques détails sur les affinements apportés au gameplay. Particulièrement, sur les possibilités qu’offrait HoI 2 d’adopter des comportements à la marge, en termes de cohérence. Il semble que désormais les amateurs adeptes du Costa Rica comme l’une des principales superpuissances devront revoir à la baisse leurs ambitions. « A moins d’être un véritable expert, je doute que cela soit encore possible avec HoI 3. Certaines limitations ont été apportées. Par exemple, une taxe appliquée sur le nombre de troupes effectivement mobilisées ». Des frais d’entretien, en somme.
Pour conclure cette interview, J. Andersson ajoute quelques mots sur certains aspects, plus philosophiques que ludiques. Il commente ainsi le choix de ne pas traiter le problème des camps de concentration ou du Goulag; dans un jeu permettant par ailleurs d’envoyer à la mort nucléaire virtuelle des millions d’individus. Qu’est-ce qui justifie un tel parti pris ? Selon lui, la réponse est simple : « Les violences liées à la guerre sont un aspect plus aisément acceptable dans un jeu vidéo que ne l’est le travail forcé ». Pas sûr qu’une telle « analyse » aurait reçue une mention au bac philo !
Interrogé sur les créations du studio AGEOD, il déclare ne pas les considérer comme rivaux; pas d’avantage comme des amis. « Ils ne réalisent pas le même type de jeux. Leur domaine est plutôt limité à une échelle opérationnelle; sur une carte et dans un cadre temporel plus restreint. Avec de meilleures interfaces, je pense qu’ils pourraient atteindre des volumes de vente proches des nôtres ».
C’est sur cette note (aimablement ?) condescendante que se conclue cette interview. Avec cependant un petit aparté sur les goûts ludiques personnels de monsieur Andersson : « Je n’ai guère le temps ni l’appétit pour jouer a des wargames; j’en ai déjà assez au bureau. Je préfère m’amuser avec des MMO, pour le côté « social ». Cependant, j’aimerais avoir un peu de temps à consacrer à un titre comme East India Company car je pense qu’il aura quelque chose de spécial ».
Un ultime mot concernant les titres à venir chez Paradox ? « Franchement, je n’en ai aucune idée. Aucun avant-projet n’a vu le jour pour le moment. Peut-être une suite; un Victoria 2 ? « .
Hearts of Iron 3 est désormais prévu pour une sortie au début du mois d’août, le 4 pour être précis.













Non un Crusader Kings 2 ce serait mieux :love:
C’est curieux, cet engouement pour CK ! J’avais commencé à y jouer ; ce qui, en soi est déjà une performance, compte tenue de l’absence de toute aide digne de ce nom de la part des créateurs. Mais je me suis aperçu, après quelques heures, qu’il s’agissait en réalité d’une sorte de Knights of honor sous anxiolytiques. Moche, lent, prétentieux et tout aussi ridicule en termes d’historicité. Etant donné qu’au moins, KoH ne prétend à rien dans ce domaine mais par contre, offre un gameplay extrêmement distrayant, sans qu’il soit nécessaire pour cela de recourir à des recherches incessantes au coeur de fora obscures, j’ai décidé de laisser tomber mon doctorat en Crusader kings, pour aller jouer. Et m’amuser ! Avec KoH…
)
Ceci dit, je comprends qu’on puisse aimer passionnément CK. D’ailleurs, je connais des inconditionnels d’Excel et d’Access, aussi. Quant à Victoria… Tabernac’ !
Quoi ?
Où ça, un troll… ?
A vrai dire je vois pas réellement le rapport avec Knights of honor, que je connais peu mais c’est très différent de CK il me semble.
Crusader Kings la recette est connu, un jeu made in Paradox. Une certaine historicité, loin d’être parfait mais l’époque n’est pas évidente à simuler et au final c’est pas si mal. Gestion dynastique intéressante, ainsi que le système de vassalités, les titres, des combats qui valent bien ceux de EU3 sinon mieux, un système de loi et de recherche pas si mal pour le coup.
Faire d’une petite famille une grande dynastie européenne c’est que j’apprécie dans Crusader Kings, j’aime bien ces temps de croisades aussi.
C’est pourtant exactement le même thème. Tu contrôle un fief européen ou un émirat d’Afrique du Nord; tu as des descendants qui prennent les rôles de soldat, commerçant, espion ou gérent le royaume; tu cases tes princesses, tout en cherchant la bonne épouse pour tes mâles; tu mènes des guerres territoriales tout en jouant de la diplomatie; tu commerces avec les voisins, etc. . Tout cela à des époques similaires. Bref et peu importe. Tout ça pour dire que KoH est purement amusant tandis que CK est tristounet. Il ne permet de s’amuser qu’a ceux et celles plus branchés par l’aspect faussement « sérieux » (on pourrait dire « cérébral ») que par le côté ludique. De toutes manière, les jeux Paradox, j’ai un gros ressentiment…
)
CK tristounet et pas ludique c’est qu’une question de gout… tes critère de jeu ludique sont pas universels.
Je préfère une diplomatie plus complète, une gestion dynastique plus poussé, une représentation de l’Europe plus réaliste ou une prise en compte des cultures et religion par exemple que des combats en 2D ou une carte plus chatoyante au détriment du reste.
Pas universels, tu as raison. Ils me sont même exclusifs. Je dois d’ailleurs dire que j’aime assez le fait d’avoir la liberté de les exprimer. Relis la dernière phrase de mon premier commentaire…
Je respecte et je partage tes goûts pour des jeux plus « profonds ». C’est juste qu’en termes d’amusement -ce qui est pour moi le premier critère d’appréciation, pour un *jeu*- à mon sens, CK ne boxe pas dans la même catégorie. Notamment, comme tu le soulignes, grâce à ses « combats en 2D ou une carte plus chatoyante ». Je précise que j’ai une assez bonne expérience sur les deux jeux. Je pense -à l’inverse de la majorité des grognards, semble-t-il- qu’un gameplay profond ne se doit pas, nécessairement, d’être synonyme de jeu tristounet. Tu devrais essayer un peu plus KoH; tu verras, la carte chatoyante et les combats en 2D c’est très sympa, aussi ;o)
J’ajouterai juste que, pour m’intéresser d’assez près à certaines périodes historiques, je préfère -et de TRES loin- la lecture d’un bon livre, à l’expérience « ludique » de n’importe quel titre de chez Paradox. Là encore, ce n’est qu’une opinion.
Les jeux Paradox sont des jeux pas des livres historiques.